Historique du musée

Le Museon Tropelen en 1922

Le Museon Tropelen en 1922

Le premier musée de Saint-Tropez est créé en 1922, sous le nom de Museon Tropelen.
C'est sur l'initiative des peintres Henri Person et André Turin que se créa le noyau initial de la collection, la nécessité de conserver sur place le témoignage du passage à Saint-Tropez des plus grands peintres du XXe siècle, les a incités à constituer une collection publique. Signac assure, d'un appui efficace et généreux, la création de ce musée.
Paul Signac fut le premier à s'installer dès 1892 dans le village portuaire. Il y passe, jusqu'en 1913, près de la moitié de l'année, invitant de nombreux artistes, Luce, Van Rysselberghe, Manguin , Matisse, Bonnard... aujourd'hui maîtres incontestés de l'art français. Ainsi, Person réussit-il à réunir trente deux toiles grâce à la générosité des artistes que la municipalité accueillit dans une salle de la mairie.
Le Museon Tropelen était né avec une collection non négligeable : Bonnard, Luce, Camoin, Valtat, Roussel, Manguin, Signac, Van Rysselberghe et d'autres artistes de moindre importance.
Le Museon Tropelen est un embryon de musée d'art moderne, musée d'artistes vivants. Il est un cas très avant-gardiste, d'un grand intérêt pour l'histoire de l'art. Promu par les artistes eux-mêmes, il souligne une volonté tenace de se faire entendre, de faire accepter la nouvelle peinture.
Dans les années 20, les musées qui peuvent se flatter d'une collection moderne sont rarissimes. A Paris, même, il faudra attendre 1937 pour voir naître un musée d'artistes contemporains.
A la mort de Person, en 1926, le Museon Tropelen tombe peu à peu en désuétude. Le désintérêt de la municipalité d'alors décide la veuve d'Henri Person à chercher une solution pour poursuivre l'entreprise de son mari.
Georges Grammont, collectionneur d'art moderne, accepte de s'en charger et donne, à partir de 1936, un nouvel élan à cet embryon de musée.

Le Musée de 1937-1939

Le Musée de 1937-1939

Georges Grammont (1898-1956) mène de front une carrière d'industriel et de collectionneur.
Sa passion pour l'art auquel il voue sa vie connaîtra l'apothéose en 1955 lors de l'élaboration du Musée de l'Annonciade et le legs d'une partie de sa collection personnelle à l'Etat pour être déposée à l'Annonciade.
Mais pour l'instant, attachons-nous à ce premier Musée de l'Annonciade qui sera installé au premier étage de la Chapelle de l'Annonciade.
Nommé conservateur le 23 février 1937, il se bat pour faire admettre l'installation du musée au premier étage de la chapelle. Le rez-de-chaussée étant dévolu à l'association de l'Orphéon Tropézien (théâtre et spectacle). L'aménagement, à ses frais, est réalisé par l'architecte local André Barbier- Bouvet. Le musée est installé dans un espace aménagé en épi. Le système permet de cloisonner l'étage et de présenter la collection par une approche stylistique.
Georges Grammont ambitionne de rassembler un ensemble aussi complet que possible de ce qu'il appelle la peinture indépendante française. Outre les œuvres du Museon Tropelen, il ajoute des dépôts de l'Etat. Le Directeur Général des Beaux-Arts, G.M. Huysman lui vient en aide en l'autorisant à choisir pour le compte de l'Etat un certain nombre de tableaux qu'il allait chercher directement dans les ateliers d'artistes (45 œuvres).
Georges Grammont prête également une partie de sa propre collection à laquelle il faut ajouter les prêts et dons d'artistes et de leurs descendants.
La collection présente : Le néo-impressionnisme, les nabis, l'Art indépendant, le fauvisme et ce que Grammont nomme la tendance cubiste et jeunes peintres. Cet accrochage ne dura pas. En août 1939 le musée ferme pour la durée des hostilités et toutes les oeuvres sont évacuées et soigneusement cachées.

1955 : L'annonciade devient le Musée de Saint-Tropez

1955 : L'annonciade devient le Musée de Saint-Tropez

Après guerre, Georges Grammont obtient de la ville de Saint-Tropez l'ensemble de la chapelle et il organise l'espace en reprenant la structure originelle de l'architecture religieuse : plan en croix latine avec nef, collatéraux et choeur surélevé. La chapelle devient un espace muséal d'une qualité et d'une modernité exceptionnelle pour l'époque.
Tout a été pensé pour une telle réalisation et il écrit :« Mon idée est de faire de l'intérieur de ce bâtiment comme une sorte d'avenante et confortable habitation d'amateur d'art, dans laquelle, plus tard, seraient installés, en même temps que les meilleurs tableaux du musée, un bon nombre de tableaux de ma collection ».
Pour ce faire, il choisit de collaborer avec de grands maîtres : Louis Süe, architecte hors-pair, chef de file du mouvement Art-Déco, propose une unité visuelle, une harmonie basée sur un vocabulaire classique. A Raymond Subes, maître-ferronnier, est confiée l'exécution de tous les éléments décoratifs métalliques. C'est enfin l'entreprise Wendel, spécialiste de l'éclairage artistique, qui crée dans cet espace, une lumière diffusée de manière harmonieuse et uniforme et imitant parfaitement la lumière solaire.
Le chantier dure six longues années, témoignage de la lenteur et de la profondeur de la réflexion. Georges Grammont, avec la complicité et le talent de l'architecte, crée un lien où le luxe discret du plus pur style des années 30 domine. Une grande sobriété des lignes donne à l'ensemble cohérence et pertinence. L'ancienne chapelle devient un temple dédié à l'art. Tout le décor est soumis à l'œuvre d'art. Les travaux achevés, débute l'installation de la collection qui se compose des œuvres provenant de la collection du Museon Tropelen, des dons, des dépôts de l'Etat, mais aussi et surtout du legs Georges Grammont (le 5 août 1955, Il lègue à l'Etat des pièces majeures de sa collection pour être déposées à l'Annonciade).
Sa propre collection est un ensemble de chefs-d'œuvre de peintres de renom, mais associée à des œuvres jugées de moindre importance. Parmi les dépôts de l'Etat souhaités en 1936, vingt cinq tableaux d'artistes comme Brianchon, Ceria, Lotiron, Destrem-Malançon ... quittent l'Annonciade pour rejoindre le musée des Beaux-Arts de Toulon.
Quant à la collection du Museon Tropelen, plus de la moitié des trente deux œuvres sera remisée définitivement dans les réserves.


L'accrochage lors de l'ouverture du musée le 10 juillet 1955 présente une vision aussi complète que possible des grands moments de l'histoire de l'art.
Georges Grammont explicite ses objectifs : « J'ai organisé seul ce musée, avec l'intention de présenter une sélection de cet art français dont peut s'enorgueillir notre pays, dans des conditions de muséographie les plus propres à mettre en valeur chacune de ces œuvres ».
Le rez-de-chaussée regroupe des œuvres phares, comme celles de Signac, Matisse, Van Dongen, Derain, mais souvent associées à des artistes de moindre importance comme Gerbaud, Urbain, Cousturier, Turin.
A l'entresol, le Chenal de Gravelines de Seurat est installé avec un buste de Despiau sur un meuble à dessins.
Au premier étage, Matisse voisine avec Dunoyer de Segonzac, Vuillard et Roussel (salle II). Marquet avec Utrillo et des Friesz et Derain des années 30 (salle III). Tandis que Camoin est entouré des Dufy, Dufresne et Manguin (salle IV).
Tout semble quelque peu incohérent mais l'accrochage est du à la seule intuition du collectionneur. Ses idées et son goût dirigent totalement les alliances esthétiques. Georges Grammont fonctionne à l'affect et non pas dans une démarche d'historien d'art. Il présente les œuvres comme un amateur le ferait dans son appartement.